Mercredi
13 mars 2002 : Départ, bien reposés pour partons
pour Addis Abeba, route pagailleuse, puis nous entrons
dans la capitale qui grouille de camions en désordre.
On a quelques visites et le change a faire.
Avant de prendre la route du nord on va manger une
ingera qui est le plat national et d'ailleurs le seul
plat éthiopien (hormis les nouilles d'origine italienne)
pour faire simple, imaginez une grande crêpe acidulée
sur laquelle on dispose viandes et légumes. C'est très
bon et très sain car les céréales qui servent pour la
crêpe sont très riches en protéines. C'est aussi un plat
très convivial car les Éthiopiens mangent tous autour
du même plat, une grande ingera nourrit bien quatre personnes.
Jusqu'alors nous n'avons rencontré que des gens
aimables, nous payant le thé ou nous invitant à partager
leur repas, sourires et curiosité sans d'agressivité.
L'Éthiopien est fier, jamais soumis par l'Occident, conscient
de son histoire unique, comme le Touareg et le Corse le
prendre pour une andouille est une erreur qu'il vous fera
vite payer cher, par contre, s'il se sent respecté vous
pourrez compter sur son aide et sa loyauté.
Après-midi cap au nord, la route monte sur
les plateaux de 2000 à 3200 mètres, les paysages sont
superbes, alpins et africains et partout des hommes en
marche, leur couverture blanche sur la tête et les épaules,
un bâton, parfois des bêtes. 60% des Éthiopiens sont des
pasteurs et des cultivateurs, tous ont une chèvre à vendre
ou un sac de grain à moudre au village, alors tout le
monde marche avec son bâton.
Enfin, on arrive au col de 3200 mètres, gardé par
un Pope. Le tunnel nous fait passer dans une vallée merveilleuse.
Peut-être cet endroit fut-il à l'origine des descriptions
du paradis chez les peuples voisins du désert car il en
contient tous les ingrédients: fleurs, ruisseaux, animaux
de toutes sortes, température tiède et sèche, populations
riantes décontractées.
On roule encore vers le nord, le climat désertique
revient progressivement, nous entrons en bordure du pays
des Danakil (qui portent les testicules de leurs ennemis
en colliers, a ce sujet nous voulons rester leurs amis).
Il nous faut faire halte car le soir pointe. L'hôtel
est tenu par des musulmans culturistes, le muezzin chante
le soir, on est dans une vallée encaissée et ses long
cris qui résonnent sont beaux et impressionnants à la
fois. Nous mangeons au bar de l'hôtel, les hôteliers sont
très organisés, le patron, un géant a installé la vidéo
et la parabole pour recevoir Éthiopien TV moyennant quoi
tout le village vient écluser des bières et manger chez
lui. Par courtoisie on nous met une chaîne en français,
charmante attention. Mais on aime mieux éthiopian TV sans
grèves de riches ni élections.
Jeudi 14 mars 2002
Départ 6 heures au point du jour, de l'auberge on
roule dans une vallée sud - nord bordée par une chaîne
de montagnes des deux cotés. A gauche, après les
montagnes, se situe le pays Danakil et plus loin, la mer
rouge. |
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Après
100 km de mauvaise route, on a droit à la route chinoise
(qui est une piste de qualité supérieure PDQS). Puis on
aborde la montagne et les cols, le pays est superbe, de
grands arbres vert et argent ploient sous le vent, cela
rappelle l'Asie centrale, l'air est frais et sec.
La piste poussiéreuse et décorée d'épaves de chars
rappelle que la guerre contre l'Érythrée a cessé il y
a un an . Un dernier col vertigineux nous amène à 3300
mètres à Dilb d'où part la piste pour Lalibela qui est
notre but de mi-voyage.
On est maintenant sur le haut plateau qui ressemble
à l'Atlas marocain, des couches ocres plus ou moins sombres,
des décrochés des falaises, la piste est de mauvaise pierraille,
un plaisir pour l'enduriste, les passages de rivières
à sec se succèdent. on est fatigués et il faut garder
notre attention en éveil pour ne pas se casser un os.
En 2 heures, on boucle les 80 km restants et nous voila
à Lalibela après 10 heures de piste, crevés mais heureux.
On a bouclé la moitié du trajet sans casse ni surprise
2500 km en 6 jours dans un pays pas très "touristique".
Merci aux 350 Suzuki DR, consommation moyenne 4 litres.
35000 Km d'Afrique au compteur c'est du robuste.
On a le temps d'entrevoir les fameuses églises
taillées dans la falaise, d'admirer le coucher de soleil,
les pieds nus dans la paille a la terrasse d'un café.
Tombe alors le premier orage du soir, furieux, tambourinant
sur les tôles, ravinant le sol. Le motard surtout gaulois
ne craint qu'une chose, que le ciel ne lui tombe sur la
tête!
Lalibela est une ville sainte construite il y mille
ans, l'Éthiopie entourée de pays islamiques ne pouvait
plus accéder aux lieux saints de Jérusalem. Les rois ordonnent
de construire Jérusalem en Éthiopie. Pendant 100 ans,
taillant des falaises, les Éthiopiens font naître dix
églises creusées dans le roc. L' intérieur et l'extérieur
des bâtiments sont excavés pour faire surgire de magnifiques
églises avec des nefs, des colonnes de roc et des portes
de cyprès millénaires.
Cet endroit est le lieu d'une foi vivante. Ce n'est
pas un musée, les moines et les pèlerins de toute l'Éthiopie
viennent là et prient pieds nus dans la paille, dans des
robes de bure crème. Ils lisent des bibles plusieurs fois
centenaires en peau de chèvre écrites en geez, langue
parvenue du Yémen il y a plus de 3000 ans.
Le christianisme a été adopté en Éthiopie en 325
après Jésus-Christ, à la même époque qu'à Rome, mais ici
la religion est restée la même qu'à son origine.
Les scènes naïves de la bible sont peintes partout, surtout
Saint Georges terrassant le dragon, Saint Georges
"Bush" terrassant les islamistes, me dit un moine, nous
vivons la bible en ce moment, c'est un point de vue.
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