Vendredi
15 mars 2002 Nous nous levons
tôt pour ne pas perdre le rythme et nous voila sur le
site. On engage un jeune guide et on passe les églises
en revue . La visite est émouvante d'autant que nous
sommes les seuls occidentaux au milieu de dizaines de
moines et des petites gens en prière. En
fin de matinée, nous quittons la Ville Sainte pour l'ouest,
Gondar (ou nous n'irons jamais) la piste est magnifique
et le paysage grandiose: cassures, falaises, cols, villages
de paille, paysans à la charrue. Un régal pour une bonne
matinée d'enduro. On finit sur le plateau de 3200 mètres,
la terre est brun-sombre et l'herbe argentée, cap à
l'ouest dans le froid, devant nous au loin, des nuages
noirs. On passe des forêts de conifères,
on quitte le plateau pour une vallée, puis on remonte
à 3000 mètres. Face à nous, les nuages sont violets
et bourgeonnent. On passe les Kways et la fête commence:
douche glacée, éclairs, boue, ornières, le visage criblé
de pluie on progresse, croisant de magnifiques cavaliers
dont les petits chevaux sont décorés de pompons rouges
et de parures brodées, les paysans nous saluent dans
leurs linges, enroulés comme des spectres.
On manque tomber à plusieurs reprises, la moyenne
chute. Vers 16 heures, nous touchons
Debré Tabor et comme nous sommes gelés et affamés, nous
entrons au bar, on y mange du pain et une omelette aux
épices quand la tempête explose, le toit du restaurant
se perce et des trombes d'eau envahissent les lieux
en plusieurs points. Dehors des rivières de boue ravinent
tout. Des camionneurs aux yeux allumés et leurs fiancées
du moments nous payent le thé et nous offrent du kath.
"It's like cocaïne and morphine" me dit-il pour me vanter
le produit, je lui affirme que tous les Français se
droguent régulièrement à la cocaïne y compris moi, mais
que j'ai dû arrêter car je ne dormais plus. Ils
finiront par nous payer à manger le soir et nous faire
boire des bières ce qui est plus dans nos cordes.
On se trouve un hôtel chauffé et on se cale
dans nos duvets. Samedi 16 mars 2002
La mise en route est facile, on est bien rôdé,
on saute dans nos habits mouillés puis fermeture des
sacs et en route pour Bahr-dar. Nous
renonçons à Gondar de peur d'être un peu court en temps.
Ce jour peu de piste alors à fond, on est arrivé dans
la matinée, ce sera notre jour de repos. La
barque en fer nous emmène à l'embouchure du Nil bleu
puis sur une île puis une autre. visiter deux
églises rondes naïves du XIV°siècle "Urha kidane mehet"
et "Kebran Gabriel" . Elles sont couvertes de scénettes
bibliques mettant les saints et tous les personnages
de la bible en images. C'est ravissant et très frais,
j'aime beaucoup Abraham, couteau en main, prêt à sacrifier
son fils et l'ange qui lui substitue un mouton, le diable
est assez convaincant aussi. Les moines nous montrent
des reliques: vieilles bibles, tiares, croix ouvragées.
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Demain, on aborde le retour, on commence à fatiguer, mais
on est au bout du monde dans un pays beau comme le Maroc
ou l'Himalaya, c'est la magie de l'Afrique.
Dimanche 17 mars 2002 Réveil 6 heures car nous
avons prévu de visiter les chutes du Nil bleu qui sont
parmi les plus belles visions du monde selon le guide.
Mais elles sont asséchées tan pis on roule.
J'ai remarqué que lorsqu'on roule des heures, on
atteint une sorte de néant, de réflexion contemplative
proche du nirvana, pour moi, la moto permet la méditation
et le détachement, pour cela, il faut minimum de 8 heures
par jour pendant 1O jours. Donc application immédiate
avec 300 km d'une piste ocre serpentant sur le plateau
Abyssin. C'est la vallée du Nil bleu, on y croise des
cavaliers fiers sur leurs petits chevaux décorés de broderies.
Un noble personnage avec son parapluie noir fait route
vers la ville. Lui chevauchant, sa femme et sa fille à
pieds portant les bagages . Je stoppe pour leur
parler, son cheval porte sur les côtés de la selle un
lion brodé en relief, très ancien. Cet homme est un prince,
nous parlons un peu, il garde une attitude hautaine de
chevalier du moyen age, j'aimerai connaître sa vie mais
la langue nous sépare, nous reprenons nos montures et
nos itinéraires respectifs. C'est une
journée lumineuse, rayonnante, la qualité de la lumière,
la couleur des sols bruns ou vert tendre, les animaux:
tout concourt à en faire un souvenir puissant d'un autre
monde: rural et heureux, figé dans un moyen âge africain
frais et ensoleillé.

A regrets, on finit par rejoindre la "route" principale
qui n'est que nids de poule et camions vrombissant. Le
plateau se coupe, plongeant 2000 mètres plus bas, pour
enjamber le Nil et remonter aussi sec. Cette faille fait
peut-être 20 km vue de ses bords, elle est vertigineuse.
Les épaves bornent la piste. Les chauffeurs sont
joyeux, on se fait des signes de la main. quand ils ont
détruit leur camion, ils déposent les carters, ouvrent
les moteurs dans la poussière et le sable, sans doute
vont-ils refaire l'embiellage et la distribution ici même.
La route en Afrique est aussi aventureuse que la
navigation en boutre: on part, on a des aventures, des
pannes, des attaques, on peut rester deux mois dans un
bourbier ou attendre de quoi réparer, on mange sur
place, on dort sous le camion, on rencontrera peut-être
une fiancée, l'aventure, la vraie. De
nouveau en hauteur, le ciel se charge près d'un sommet
à 4500 mètres et la pluie démarre. La route est luisante
et nos pneus lisses, on choisit un hôtel. Celui-ci est
encore une sorte de bagdad-café pour les routiers. Le
soir venu, la patronne et les filles mettent des jeans
et des paillettes pour créer une ambiance, on peut manger,
écouter de la musique, voir une vidéo. On se couche tôt
car on a mal partout: brûlures au cou, contractures musculaires
des épaules et du du dos, sciatique. |
Lundi 18
mars 2002
Un tour opérateur éthiopien nous disait que l'Éthiopie
possède un excellent réseau routier, ce qui est vrai environ
100 km autour d'Addis Abeba, ailleurs, il s'agit d'un
excellent réseau de pistes plus ou moins défoncées. En
matinée, nous voila arrivés à Addis Abeba, on se promène,
on voit le siège de O.U.A. et des Nations Unies,
Puis on quitte la ville pour le sud et on roule jusqu'à
l'orage du soir qui nous saisit dans un village non signalé
sur la carte, en un point GPS Nord 07°17 EST 038°21. Les
chèvres entrent dans les chambres pour bouffer les matelas,
saleté, insectes.. je crois qu'on touche le fond en matière
d'hôtellerie.
Nous sommes revenus en zone tropicale après une
journée entière sur le goudron. Demain on retrouve la
piste. Je repense avec tendresse aux petits ânes laineux
du nord avec leurs airs butés de petits enfants,
n'en faisant qu'à leur têtes, avec drôlerie.
Demain, nous entrons dans la zone des tribus. On
compte les Mursi (négresses à plateaux), les Hamars, les
Karos, les Konsos, les Boranas: tous à l'état de nature,
vivants nus au milieu des lions, protégés par leurs lances
et par un AK 47, ce n'est pas que l'ethnologie soit le
but de notre voyage mais nous sommes curieux de rencontrer
ces gens.
Mardi 19 mars 2002
On lève le camp à 6 heures pour Arhba Minch, les
paysages sont tropicaux comme le Rwanda. 150 KM de route
puis on fait le plein et on déjeune en compagnie d'un
professeur de physique. Enfin c'est la piste boueuse avec
des oueds peu profonds à traverser, grand plaisir motocycliste.
On croise trois groupes de babouins de cinquante sujets
installés au milieu de la route, à notre approche, ...
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ils se poussent un peu. On rencontre aussi des oiseaux
de toutes sortes: les marabout font un mètre cinquante
avec beaucoup d'allure, des pélicans, des grues, la région
des lacs du rift est un refuge pour beaucoup de migrateurs.Sur
qu'avec des 400 KTM et sans bagages, ce serait le pied.
Les DR plus tranquilles nous aident à mieux apprécier
la nature magnifique.
On croise des gens presque nus qui répondent à nos
saluts. Ils vont avec des bêches artisanales dans leurs
champs. le temps manque pour parler et découvrir ces gens.
Notre timing est serré nous ne pourrons que voir mais
pas connaître ces gens.
Arrivés à Konso, on trouve un hôtel propre, il bruine
et les camionneurs nous annoncent de la mauvaise piste
à venir, donc on fait relâche. C'est d'ici que partent
les expéditions vers la vallée de l'Omo qui reste une
des plus impénétrables régions d'Afrique. Il faudrait
deux jours de plus et un militaire pour escorte pour y
aller, on renonce.
Dans notre hôtel, il y a une Amar et une Oromo:
l'Amar est grande et son regard vous fiche la trouille
même lorsqu'elle sourit, l'Oromo est plus rêveuse, elle
s'accroupit sur ses talons à nos cotés pendant qu'on bricole
nos filtres à air et chante doucement, les yeux dans le
vide avec un grand sourire. C'est la première fois que
j'aime faire mon filtre a air.
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