Cette
nuit un lion est venu rôder près du campement.
Il a rugit deux ou trois fois en reniflant les feux allumés
tout autour, puis a passé son chemin. C'est l'un des gardiens
Masaïs qui nous l'apprend au réveil. Endormis dans
nos duvets, on avait rien entendu. Valait mieux, remarque. Randonner
au Kenya est vraiment plein de surprises...
Par JMP- photos "John" Pouget
"La
semaine dernière un touriste anglais
est sorti de son 4x4 pour photographier
un troupeau d'éléphants. Sous
les yeux de sa femme, un des mâles
l'a expédié en l'air avant
de le piétiner à mort. Ça
arrive de temps en temps ici. Les gens ne
sont pas raisonnables." Frédéric
Poinçon n'est pas du genre à
faire de l'esbrouffe. Quand il me raconte
ça dans l'heure qui suit mon arrivée
à Nairobi ce n'est pas pour me foutre
les chocottes. Juste pour qu'on soit bien
d'accord que l'Afrique et sa faune sauvage
ne sont pas qu'une carte postale pour touristes
en bermuda. Et que la savane n'est pas le
zoo de Vincennes. Je m'en doutais un peu
mais c'est normal qu'il préfère
me prévenir que panser les plaies
d'un couillon tout juste habitué
aux chevreuils et autres sangliers "d'élevage"
de nos forêts européennes.
Lui qui traîne ses bottes First depuis
cinq ans dans le secteur me précise
: "Autre chose, si tu veux photographier
des locaux, demande-leur avant si ils sont
d'accord. Juste par politesse. Parfois,
ils refusent. Au pire, ils demanderont de
l'argent si on est dans un endroit très
touristique." Franc et honnête,
tel est notre guide pour la balade de 8
jours qui nous attend dès demain
entre la capitale kenyanne et Mombasa distantes
de 500 km par la route.
Fred en annonce 1 500 par les pistes de
brousse, avec pas mal de détours,
notamment une nuit au pied du Kilimandjaro.
Après avoir récupéré
quatre Québécois, deux Américains,
un Anglais et les 7 motos, on prend la
direction du Whistling Thorns lodge. C'est
un ranch situé à 40 km de
Nairobi, au pied des Ngong Hills, là
où Karen Blixen avait "une
ferme en Afrique". Si, vous savez,
son roman est devenue "Out of Africa",
un classique du cinéma avec Meryl
Streep et Robert Redford. On s'endort
du sommeil du juste dans ce décor
de rêve après avoir vu nos
premiers zèbres au loin dans la
savane...
Un
bel effondrement pour ce gué du côté
de Loitokitok
Jambo
!
Trois types souriants nous saluent au réveil.
Ils s'appellent Théo, Josek et Alouf. C'est
le personnel de Fredlink Co Ltd, la société
de Fred Poinçon. Le premier est mécano,
le second cuistot et le dernier conduit l'un des deux
4x4 d'assistance. Pourquoi deux ? Parce que l'un suivra
les motos avec à son bord deux Canadiens, Théo
et un docteur, l'autre recoupera le parcours pour
aller sur le site du campement avec toute l'intendance
à bord. C'est pro, bien fait et la bonne humeur
transpire de l'ensemble. Fred soigne vraiment ses
clients. Mais ça, on en reparlera dans 8 jours.
D'abord, on se prépare et on fait le plein
des camelback. La chaleur n'est pas intense mais Fred
nous avertit que pour ces deux premières journées
on descend dans la Rift Valley. De 1 500 m d'altitude
en moyenne, on va se retrouver beaucoup plus bas,
dans cette faille naturelle qui coupe en deux une
partie du pays. Et en Janvier, c'est l'été
de ce côté-ci de l'équateur. L'été
en Afrique ! Deux litres d'eau me semblent être
la bonne mesure pour cette première matinée.
"De toutes façons, vous pourrez refaire
le plein lors de la pause-déjeuner", nous
rassure Fred. Dans mon sac, la créme solaire
côtoie une casquette en toile et le matériel
photo. Tout est prêt. Le temps d'arrimer les
bagages sur le toit du Land Cruiser
d'ajuster les leviers et le guidon sur les 350 DR et
la caravane s'élance. Au menu de la journée,
160 km dont une quarantaine sur le goudron afin d'échapper
à la civilisation en douceur. "Au fait,
ici, on roule à gauche, lance Fred. Pensez-y,
même sur la piste !"
Plus tard on apprendra à se méfier des
trous -énormes- dans le bitume. Mais aussi des
chèvres, vaches, moutons, ânes et autres
clébards sympas qui traversent à l'improviste,
comme Ron le British en fera les frais. Sans bobo, heureusement.
Les Masaïs, dont on traversera en grande partie
le territoire, sont avant tout des éleveurs.
Il y a donc du bétail partout, tout le temps,
même là où on ne l'attend pas. Et
puis bien sûr les sont enfants omniprésents,
toujours enthousiastes dès qu'ils voient une
moto. Tout comme les adultes qui nous lancent des "Jambo
!" à n'en plus finir. La prudence est de
mise, garder un peu de distance entre les motos, pas
trop serrer les bords piégeux et mollo sur les
gaz. Le délire, on verra ça au fin fond
de la savane.