C'est le grand
jour, on est réveillé par le muezzin à 5h30, c'est quand
même pratique, il existe même des réveil-matin muezzins
pour se réveiller au son du coran.
6 heures
dans la nuit finissante, gelés, pas très fiers, on attaque
la piste "de la mort", en vrai, ça se passe plutôt bien,
la piste est pierreuse avec beaucoup de tôle ondulée.
mais ça roule. 270 Km en 6 heures sous un gros
soleil. La seule surprise viendra d'un léopard que je
vois débouler vers 7 heures sur la piste et partir à la
course sur Fred mon coéquipier qui roule devant moi. Je
suis surpris et freine. J'ai cru que c'était une lionne,
manifestement cet animal a pris la moto pour un gibier,
heureusement la moto va vite et il ne peut pas la rattraper.
Le léopard d'assied déçu et nous voila
face à face. J'ai peur qu'il ne m'attaque, mais non, il
reste là assis à me regarder. Je n'ose plus avancer, pour
finir Fred revient, voit l'animal et stoppe lui aussi.
C'est une très belle bête, mais à tout prendre, je préfère
la voir à la télévision. Soudain, il fait demi-tour et
file à grands bonds dans la savane, magnifique.
Fred me rassure, les félins n'attaquent jamais les
motos. (comme nous venons de le voir), dans ces conditions
plus rien en effet à craindre sauf des éléphants qui eux
attaquent tout, on continue.
Le
paysage est superbe: arbustes, parfois la piste est mauve
ou vert-amande à cause des mousses. On croise des bergers
aux cheveux glaisés de rouge avec une plume blanche: ce
sont des Samburus, peuple de bergers. Ils ont des lances,
de grands couteaux et certains ont une kalachnikov, mais
ils ne s'en servent uniquement pour défendre leurs vaches
contres des ethnies rivales, parfois aussi pour régler
des différents entre eux: pas grand chose à craindre.
Quant aux bandits somaliens, pas de trace.
A la mi-journée, on arrive à Marsabit qui est
un îlot montagneux dans ce désert, c'est aussi une très
belle réserve animalière. L'hôtel est des plus sommaire,
mais c'est le seul.
L'après-midi, nous rencontrons un couple de Hollandais
et d'Anglais qui font séparément avec leurs femmes, des
trans-africaines en land rover. Ils nous disent que la
piste sera encore plus terrible après, et puis que les
Éthiopiens sont souvent drogués et collants. Tout ça nous
laisse de marbre, on décide de ne plus écouter les baroudeurs,
d'ailleurs on n'en verra plus.
Nous mangeons dans le restaurant du village: poulet baignant
dans une eau grasse avec des brisures de riz, il
y a du coca cola.
Les seuls vrais écologistes sont les Africains, pas de
centrale atomique, pas de voitures, des vraies bêtes sauvages
partout, pas d'industries polluantes (en fait, pas d'industrie
du tout), une nourriture biologique faite de poulets rabougris,
d'avortons de légumes, de vaches anorexiques, absence
d'antibiotiques et une médecine naturelle par le sorcier.
Voila où tous nos Verts devraient venir vivre plutôt que
dans leurs luxueux appartements parisiens.
Lundi
11 mars 2002
- Piste 250 km et 110 km de route.
- Lever à 6 heures et départ dans la brume magnifique
et inquiétante.
Ca se passe assez bien
et le désert apparaît bientôt comme les nébulosités disparaissent.
C'est du sable et des pierres noires
Un
énorme cratère volcanique à gauche au fond duquel les
vaches sont des points au fond. On progresse bien, On
y prend goût et on commence à rouler vite: la sanction
n'est pas loin, crevaison et 1 heure de réparation en
plein soleil. Un peu plus loin, ce sont mes plaquettes
de freins-avant qui prennent feu pour une obscure raison
de levier de frein coincé.
Je tente de pisser dessus mais je suis a sec a cause de
la déshydratation finalement on met de l'eau et on répare.
La piste continue en vue des montagnes de Moyale où nous
arrivons en début d'après midi, sains et saufs, finalement
tous ces voyageurs nous ont inquiétés pour rien.
La douane se passe en deux heures.
Après quelques épisodes surréalistes de la fonction publique
africaine.
Nous voila en Éthiopie,
premier restaurant spagetti-tomate c'est plutôt bon et
puis nous roulons encore deux heures pour aller à Mega
qui est un tout petit village. La route chemine rectiligne
dans une lande rabougrie.
Nous dénichons
l'hôtel très sommaire: bougie, lit et porte et rien de
plus, les gens y sont adorables, il y a là les tenanciers
et une policière maigre vêtue d'un manteau kaki soviétique
pour homme qui lui va beaucoup trop grand, on s'imagine
dans la bande dessinée de Corto Maltese.
On
se parle comme on peut, ils nous offrent un café délicieux,
ils vont nous chercher l'ingera (plat traditionnel), comme
toujours les Français sont appréciés, les Anglo-saxons
moins et encore moins les Américains, mais comme ces derniers
voyagent peu et jamais en Afrique, tout va bien.
La France,
c'est Zinedine Zidane et des prises de position décalées
en politique internationale qui nous posent comme les
seuls à avoir le cran des contredire les Américains, donc
nous sommes perçus comme une nation idéaliste, rebelle,
les droits de l'homme, l'humanitaire, la révolution française.
Tout ça fait de nous un peuple sympathique. En
tout cas, c'est agréable de ne pas sentir la haine sur
soi dans un pays et ce ne sera jamais le cas en Éthiopie.
Deux japonais arrivent en vélo carbonisés par le soleil,
ils parlent l'amharique, voila une culture et des gens
que personne ne comprend sur terre, le japonais est une
énigme.
Mardi 12 mars 2002
On arme les motos et on part avant le lever
du soleil à 6 heures.
La route
vers Addis Abeba est belle, après un désert "menthe poivrée",
viennent des collines tropicales à végétation exubérante.
On croise quelques accidents spectaculaires
comme des semi-remorques d'essence disloqués dans des
pentes, des camions suspendus dans le vide....pourtant
tout le monde a une conduite appliquée, il s'agirait plutôt
de défaillances matérielles. Ce ne sont pas les risques
qui manquent: ânes, vaches, enfants, la route est un village
sur 600 Km.
200 km avant Addis Abeba,
on entre dans une zone sahélienne (la vallée du rift )
enfin après 12 heures de moto, nous sommes épuisés et
nous choisissons un hôtel gouvernemental avec douche qui
marche et restaurant stalinien sous-éclairé. On y mange
bien: potage et viande en croquettes. La fatigue (550
Km ce jour) et le manque de sommeil se font sentir, on
se couchera à 9 heures pour une bonne nuit