Heu-reux...
Le délire, peut-être pas. Mais
le plaisir sûrement. Il arrive très
vite, même au guidon d'une trail comme
la DR. Deux pneus cross suffisent à
assurer un bon grip sur ces pistes sèches.
Sablonneuses parfois, damées la plupart
du temps. Les deux premiers jours, on verra
du rocher, de la belle caillasse qui roule.
Les jours suivants on passera progressivement
de la terre brune des hauts plateaux à
la latérite caractéristique
de la plaine. Seule constante tout au long
de ce périple, les précipitations
du mois précédent ont laissé
pas mal de stigmates. Crevasses, nids-de-poules,
saignées, ornières, effondrements,
on aura droit à la panoplie complète
du parfait casse-gueule africain. Jusqu'à
cette tranchée de 2 m de large sur
1,5 m de profondeur près de laquelle
je m'arrêterais le souffle court. Pourtant,
tout ça est bien vite oublié
quand s'enchaînent des dizaines de kilomètres
d'affilée sur les pistes étroites
et sinueuses entre les acacias. Là,
le grand pied : glisses sur glisses, freinages
au cordeau, réaccélération
en virgule, on louvoie à en perdre
la tête d'autant que la visibilité
est suffisante pour prévenir du moindre
danger. A d'autres moments, la piste s'élargit,
dans la plaine notamment. On y croise des
"matatus", les mini-bus locaux bondés
jusqu'au toit qui zigzaguent entre les trous
comme si le chauffeur avait trop abusé
de café arabica. Certains jours, les
lignes droites durent des kilomètres
et des kilomètres, mais vu l'état
de la piste on ne s'ennuie guère. Bref,
côté pilotage, il y a de quoi
s'offrir de bons moments et les 150 à
200 km quotidiens nous ont à chaque
fois expédiés dans les duvets
avant 22 heures. Repus. Et heureux. Heureux
parce que le pilotage n'est que la partie
visible du bonheur quand on randonne au Kenya.
Il y a en plus le paysage, les animaux et
les gens.
En blouse blanche et gants hygiéniques
il a dû
intervenir quand Pierre, un des Québécois,
s'est
fracturé la clavicule
On a troqué les motos contre une barque
pour
se rendre sur l'île de Funzi...
Au-dessous du volcan
Côté panorama, Fred a concocté
un parcours d'anthologie. D'abord les hauts-plateaux
et leurs collines vertes qui font parfois penser
à la Lozère ou l'Aubrac. Les autruches
en plus ! Ensuite la Rift Valley et sa savane
à perte de vue ponctuée de villages
masaïs et de troupeaux de zèbres.
Plus loin, trois jours plus tard, on s'approche
du Kilimandjaro. Le point culminant du continent
africain est noyé dans les nuages. La
déception est de courte durée
puisque le lendemain matin le ciel pur nous
dévoile les cîmes du volcan enneigées
éternellement. Avec des jumelles on aperçoit
même les glaciers qui pointent leurs dents
acérées. Le spectacle est grandiose
lorsque on s'éloigne dans la savane.
Imaginez une plaine où s'ébattent
les gazelles et autres girafes avec en fond
un sommet enneigé. In-ou-bli-able...
Plus tard, arrêt boisson au lac Challa.
C'est un lac de cratère à la couleur
bleu émeraude. Saisissant. Passe un jour
et on traverse l'immense parc Tsavo où
barrissent les éléphants après
avoir fait étape près du magnifique
lac Jipe qui donne de la fraîcheur aux
hippopotames. Puis s'approche la côte,
la chaleur monte. Heureusement les collines
Taïta nous offre une vue inoubliable sur
la savane et un peu de fraîcheur. Le lendemain,
la piste rouge sang jalonnée d'énormes
baobabs traverse des forêts de manguiers
et de bananiers. Enfin, la plage, l'océan
Indien, le sable blanc et les cocotiers. Le
Canon et les yeux ont fait le plein d'images.
On ne sait plus quelles étaient les plus
belles. Il ne s'est pas passé un seul
jour sans quelque chose de nouveau, de différent.
Intense. Comme la faune qui nous a sauté
au visage à chaque kilomètre de
ce périple. On a déjà cité
pas mal d'espèces, ajoutons-y les babouins
omniprésents jusqu'aux faubourgs de Mombasa.
Et les oiseaux ! Bleus, rouges, jaunes, blancs,
multicolores, grands ou petits, ils nous accompagnent
du réveil au crépuscule : de l'hirondelle
au vautour en passant par les oiseaux-mouches
et les cigognes, les cormorans et les aigrettes
et le superbe aigle-pêcheur perché
sur un acacia à la nuit tombante. Fort.
C'est loin la France
Fort comme les rencontres faites tout au long
de la piste. Les pauses Coca dans les petits villages
sont prétextes à palabre interminables.
Une autre fois la visite d'une école en
pleine brousse où les questions fusent
: "C'est loin la France ? Et pourquoi tu
mets un casque ? Tu fais une roue arrière
?" Au petit matin du 2e jour, les Masaïs
qui ont passé la nuit à monter la
garde -des lions sont venus boire à la
rivière à 50 mètres de là-
nous réveillent avec leur chant traditionnel.
Puis c'est le lancer de "javelot", leur
seule arme contre les fauves. Au 3e jour, on est
accueilli dans un village où l'on visite
une case traditionnelle. Les femmes se parent
de leurs plus beaux bijoux et s'offrent à
nos objectifs, avec le sourire, ça va de
soi. Et toujours quelqu'un quand on s'arrête
au milieu de nulle part. Guerrier Masaï ou
jeune berger, Taïta des collines ou pêcheur
sur la côte, peu importe, la curiosité
l'emporte sur l'indifférence. Partout l'accueil
est chaleureux. Jambo, encore et toujours.
Merci le Kenya. Et merci Fred pour cette virée
sans égale.